[
L'article programmé le 3 juin si cela fonctionne...]
Une brève histoire de la minorité algérienne juiveTlemcen - El Bayadh - Oran - Tmouchente - Alger - Constantine - Khenchela, etc.Le saviez-vous ?Les communautés juives d'Algérie étaient très anciennes et très diverses. Très vraisemblablement, elles étaient partiellement issues de communautés berbères converties au judaïsme.
En tout cas, pendant l'invasion musulmane du Maghreb, les berbères de toutes tribus et de toutes religions ont résisté, et ont pu tenir têtes pendant des années dans des « guérillas ». On pensera notamment à la reine judéo-berbère Kahina, qui est jusqu'aujourd'hui une fierté populaire amazigh.
En 1391 et 1492, la puissance féodale violemment catholique et antisémite qu'est l'état espagnol de l'époque expulse les Juifs (qui seraient d'ailleurs eux-mêmes issus de l'Afrique du Nord, justement), qui vont s'installer au Maghreb, voire en Turquie et dans l'Europe du Sud-Est.
eaucoup viendront en Algérie, principalement dans les villes de la côte (retenons Oran, Alger, Constantine), contrairement aux communautés locales (souvent extrêmement pauvres) qui vivaient aussi bien dans les quartiers juifs des grandes villes de l'artisanat, ou bien dans les villages, jusqu'aux limites du désert.
Sous l'occupation ottomane, les occupants poussent à fond la division des masses en poussant aux pogroms contre les Juifs, soumis au statut de dhimmi.
Les Français viennent balayer l'empire ottoman et occuper militairement l'Algérie en 1830. Les Juifs sont très partagés : certains collaboreront comme tête de pont du colonialisme français (il faut le dire, et remarquer qu'il s'agit souvent des plus riches familles juives « livournaises » qui commerçaient déjà en Méditerrannée et étaient souvent polyglottes) ; les larges masses juives, elles, sont très méfiantes à l'égard des troupes françaises menées par des généraux ouvertement antisémites, mais sont prises entre deux oppressions : l'oppression comme minorité religieuse parmi les masses d'Algérie, ou l'oppression coloniale française.
Bientôt, l'Algérie deviendra aussi une colonie de peuplement de la France désormais impérialiste, et les pieds-noirs étaient très très majoritairement antisémites, ce qui est visible dans l'agitation fasciste des années 30 des Français en Algérie.
Parallèlement, les élites juives françaises ultra-assimilées prendront en pitié les communautés algériennes dans la misère, dans un paternalisme... typiquement français, si bien que Crémieux fait passer en 1870 un décret naturalisant français les Juifs d'Algérie. Cette mesure jette politiquement et culturellement les masses juives derrière l'impérialisme français : « diviser pour mieux régner »...
Il est très important pour nous de ne pas cacher la vérité historique, et de bien comprendre la division impérialiste de la nation algérienne par la manipulation colonialiste des communautés juives.
Ainsi, les communautés algériennes juives (très assimilées à en juger par les prénoms, et la langue arabe qui est abandonnéee au profit du français) qui portaient un grand espoir dans la République Française et dans la gauche « républicaine », sont sans doute celles qui ont payé le plus lourd tribut à l'impérialisme français et à l'antisémitisme pieds-noirs comme arabe.
Il faut bien voir que l'antisémitisme français est hégémonique et justifie même de manière exclusive la création de partis et journaux antisémites (comprendre : dont c'est la principale ligne politique, cf. le célèbre «
Petit Oranais »). L'abrogation du décret Crémieux est une revendication traditionnelle de l'immenssissime majorité des colons, contrairement aux arabes qui auraient justement voulu étendre ce décret.
Mais les Français poussent le vice impérialiste en montant les arabes contre les juifs sous prétexte que les juifs ont la citoyenneté française, alors qu'ils n'auraient jamais donné le moindre droit politique ni aucune indépendance à l'ensemble du peuple algérien.
L'abrogation est chose faite sous Vichy, les Juifs sont déchus de leur citoyenneté française et sont soumis à la législation antisémite française, ce qui fait bien sentir que la « protection » de la France est en fait très conditionnelle (ce qui a d'ailleurs fait réflechir le mouvement de libération algérien). Des juifs connaissent la déportation, mais essentiellement, on se souviendra des camps de travail en Algérie même, et les brimades inhumaines des soldats indigènes juifs par exemple dans l'Ouest algérien.
Même après le débarquement allié, l'antisémitisme est tellement fort que le décret Crémieux n'est pas immédiatement rétabli (il faudra attendre six longs mois de plus).
Arrivent ensuite le 1er novembre 1954 les « événements d'Algérie », i.e. la Révolution au million de martyrs contre l'impérialisme français. Des juifs rejoignent avec honneur les rangs de la libération nationale, quelques juifs à la mémoire courte rejoignent l'OAS (qui reste antisémite évidemment et qui compte de nombreux vichystes dans ses rangs) mais la majorité reste « neutre » (si cela a un sens pendant une guerre de libération nationale). Le FLN se dit ouvert à tous les Algériens, arabes, kabyles, chaouis, et juifs, car les juifs d'Algérie font partie de la nation arabe et ont leur place dans la libération de la patrie : «
L'Algérie est aux Algériens, à tous les Algériens quelle que soit leur origine. », dira Ferhat Abbas.

Mais les nombreux attentats dans les quartiers juifs, dans les synagogues, etc. jetteront malheureusement la communauté juive d'Algérie derrière l'impérialisme français. L'assassinat de Cheikh Raymond le chanteur de maalouf à Constantine en 1961 scellera la fin de la confiance.
Ainsi en 1962, les algériens juifs émigreront en masse en France (grâce à la nationalité déjà acquise depuis presque un siècle) ; c'est d'ailleurs le seul pays arabe où le sionisme était si peu populaire et où l'émigration vers l'état sioniste d'Israel a été si minoritaire.
L'impérialisme français et la réaction arabe auront donc réussi à déraciner des communautés présentes depuis deux millénaires (contrairement aux colons pieds-noirs), et les masses juives algériennes le vivent concrètement comme un exil final extrêmement douloureux car apparemment définitif, après « l'exil intérieur » du décret Crémieux.
« Pendant ce temps, en Algérie », la bourgeoisie nationale qui avait mené la révolution nationale suit le cours normal de presque toutes les bourgeoisies nationales dans les pays semi-coloniaux semi-féodaux : elle se vend au social-impérialisme soviétique, et ne rompra de fait jamais avec l'impérialisme français (notamment pour l'exploitation des hydrocarbures, ainsi que pour les tests nucléaires qui ont été un véritable crime contre les masses du Sud algérien).
Cette bourgeoisie nouvellement compradore a besoin comme dans les autres « états nationaux » arabes d'une idéologie pour retenir la révolte des masses arabes ; elle développera, exactement comme en égypte, Syrie, Iraq etc. un véritable antisémitisme d'état, alors précisément qu'il n'y a quasi plus de Juifs en Algérie. Le patrimoine culturel algérien juif est alors souillé et détruit, comme la grande synagogue d'Oran [
voir photo] qui est transformée en mosquée...
Jusqu'aujourd'hui, le FLN vendu aux Français ne peut d'ailleurs s'empêcher des sorties antisémites, comme le ministre des Anciens Combattants il y a peu.
Quant à nous, nous espérons voir de notre vivant le temps où les juifs arabo-berbères pourront retrouver leur place dans la nation arabe et dans la révolution nationale-démocratique arabe, aux côtés de l'ensemble de la nation arabe.
Le grand écrivain kabyle Kateb Yacine disait ainsi :
« Les Juifs et les Arabes, depuis des millénaires, sont des frères. [...] La religion, le sionisme et le nationalisme sont maintenant du passé. L'avenir exige des vues plus larges, fondées sur la confiance, la coopération, la paix. »
De même, le révolutionnaire martiniquais Frantz Fanon, qui a combattu en Algérie pour l'indépendance (à Blida notamment), était également très explicite :
« Une des manœuvres les plus pernicieuses du colonialisme en Algérie fut et reste la division en juifs et musulmans. Les juifs sont en Algérie depuis plus de 2000 ans ; ils font partie intégrante du peuple algérien. Musulmans et juifs, fils d'une même terre, n'ont pas à tomber dans le piège de la provocation. En revanche, ils se doivent de faire front contre elle, ne pas se laisser duper par ceux qui, il n'y a pas si longtemps, envisageaient avec désinvolture l'anéantissement total des juifs comme une étape salutaire de l'évolution de l'humanité. »
Nous conseillons de plus la lecture du livre de l'historien Benjamin Stora «
Juifs d'Algérie, les trois exils ». Son œuvre contient des éléments personnels qui parleront sans doute à nos sœurs et frères originaires d'Algérie.
