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Avec la chute du mur de Berlin, l'Etat ouest-allemand a pu mettre de côté son "profil bas"
en se libérant de plus en plus de la tutelle des USA et en revendiquant toujours plus fortement
un nationalisme décidé. Le racisme se diffusait largement, comme avec les
événements de Hoyerswerda, Solingen, Mölln, Rostock...
C'est dans ce contexte qu'est né le groupe "antifa autonome [M]", le [M] permettant de
distinguer le groupe des autres groupes autonomes antifascistes nés à la même période et
signifiant, selon les interprétations, "mercredi" (jour de la réunion) ou bien
"marxiste".
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L'autonome antifa [M] a été dans les années 1990
le groupe le plus connu de tous les groupes autonomes antifascistes, et il a joué un rôle
essentiel comme émulateur et comme organisateur.
De fait, c'est même ce groupe qui a été à la base du "Black Block" en tant que forme de manifestation
organisée. Auparavant il existait des black blocks en Allemagne de l'Ouest avec les autonomes,
mais l'autonome antifa [M] a généralisé cette pratique et ne manifestait que sous cette forme.
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L'autonome antifa [M] a en effet posé les bases de l'antifascisme autonome tel qu'il existe en Allemagne,
même si bien entendu il a dû faire face à de nombreuses critiques. Celles-ci s'appuyaient
essentiellement sur le fait que le groupe dénaturait la tradition autonome en étant
extrêment organisé et ne faisait qu'en quelque sorte que profiter de la situation particulière de la
ville de Göttingen, qui est une ville étudiante très marquée par la culture d'extrême-gauche autonome.
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L'autonome antifa [M] a posé comme principe que les antifascistes devaient trouver des
formes d'expression qui soient claires et qui se placent toujours en conflit avec l'Etat et
l'idéologie fasciste. Dès sa fondation en 1990, l'autonome antifa [M] s'est donné
comme but de toucher les masses et d'utiliser pour cela l'agit-prop ainsi que les initiatives
culturelles.
L'autonome antifa [M] a ainsi produit un style nouveau (affiches, logos...), des conférences,
des expositions, des petits spectacles d'agitation et propagande... et aussi ces fameuses
manifestations régulières sous la forme du Black Block.
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L'autonome antifa [M] entendait de cette manière montrer le rapport entre capitalisme
et fascisme, et développer une nouvelle pratique révolutionnaire, propre à la période
du moment.
Le groupe a ainsi produit de nombreuses analyses très poussées du fascisme, de sa naissance
à partir du capitalisme, de l'antisémitisme, et il a souvent été critiqué comme étant
un groupe de "cadres" voire d'intellectuels.
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L'Etat allemand ne s'y est pas trompé: la campagne du groupe du 2 octobre 1995 (le 3
octobre est le jour de "l'unité allemande"), intitulé "Contre le fascisme et la justice
de classe! - l'Action Antifasciste!", est interdite.
Depuis 1991, l'Etat allemand avait en effet enquêté, perquisitionné, réprimé le mouvement
antifasciste à Göttingen. L'autonome antifa [M] est finalement accusé de relever du paragraphe 129
et de former une organisation terroriste. Mais est également visé le fait
que les antifascistes intégraient l'histoire de la Fraction Armée Rouge (RAF) dans
la "lutte pour la libération".
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En huit mois, 13.929 coups de téléphones auront été écoutés. 500 personnes auront été
concernés. Le procès devait même commencer...
le 8 Mai 1996, jour anniversaire de la
capitulation allemande! Un bâtiment de 150.000 euros devait être construit et le procès durer
131 jours!
Devant la campagne anti-répressive, les sociaux-démocrates sont alors rentrés en jeu, demandant
aux antifascistes de se repentir et d'abandonner leur politique
en échange de l'abandon des charges. Finalement, 17 accusés eurent à payer 1.500 euros chacun à
un mémorial de camp de concentration,
les énormes frais (à hauteur de plusieurs millions de Marks allemands, valant 0.5 euros)
de l'enquête revenant à l'Etat.
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Le groupe peut de nouveau manifester le 2 octobre 1996: "Abolir
le capitalisme! Lutter ensemble contre l'Etat policier et la suppression des acquis sociaux!"
Et marquer sa victoire autant sur la répression que sur le jeu social-démocrate:
"Le double visage mensonger du Parti Socialiste allemand tient
à ce qu'il affirme d'un côté avoir d'autres positions que les forces réactionnaires de la
CDU (Union Chrétienne-Démocrate) ou même des solutions pour les problèmes sociaux, et de l'autre côté
à ce qu'il pousse en avant l'élargissement de l'Etat policier, présentant cela comme variante
social-démocrate."
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En avril 2004 le groupe s'est par contre dissous, cédant la place à différents autres
collectifs en raison de nombreuses divergences internes. Mais il a apporté une grande
contribution au mouvement antifasciste en Allemagne, en stimulant la naissance de
nombreux autres groupes et en apportant un nouveau style de travail.
Il a remis en avant de façon claire et nette la tradition historique de l'Action
Antifasciste des années 1930, l'adaptant aux besoins de son époque.
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