Présentation de l'analyse d'Ibrahim Kaypakkaya
Tiré de la brochure "Antifascisme", disponible en pdf
Présentation
Ibrahim Kaypakkaya (1949-1973) est l'une des principales figures du mouvement
issu de 1968 en Turquie.
Jeune étudiant il a analysé de manière approfondie la
Turquie et en a conclu que celle-ci est un pays fasciste,
le kémalisme correspondant à une forme de fascisme typique des pays néo-colonisés.
Il meurt à 24 ans après avoir fondé une guérilla.
Le kémalisme: pseudo démocratie, vrai fascisme
Au sortir de la première guerre mondiale, la Turquie a vécu une « révolution »,
guidée par Mustafa Kémal et ayant amené une modernisation du pays, qui devint
une république, défendant notamment la laïcité. Ibrahim Kaypakkaya a été le premier
théoricien à considérer que cette révolution était en fait une révolution par en haut,
instaurant un régime fasciste.
Si aujourd'hui l'extrême-gauche en Turquie considère ce pays comme fasciste, les
avis divergent concernant le moment où le fascisme est apparu.
Certains considèrent que le kémalisme a été trahi, d'autres que le
kémalisme a modifié sa nature après avoir libéré le pays pour lui donner son indépendance.
Kaypakkaya affirme au contraire que le kémalisme est une révolution par en
haut pour empêcher celle par en bas. Pour des raisons historiques,
la Turquie était avant la première guerre mondiale l'empire ottoman;
totalement sous le contrôle des capitaux européens, il a été amené par
l'Allemagne à s'engager à ses côtés dans le conflit mondial.
Selon Kaypakkaya, qui reprend l'analyse de Mao Zedong sur la Chine, la
« révolution » kémaliste n'a consisté qu'en la liquidation des anciennes couches
semi-coloniales semi-féodales par des nouvelles.
La « turquification » du pays s'explique ainsi: les couches sociales
éjectées du pouvoir étaient notamment grecques et arméniennes.
D'où les slogans nationalistes en Turquie valables encore aujourd'hui
comme « un turc vaut monde » ou « heureux celui qui peut dire: je suis un Turc »,
ou la conception (appelée théorie soleil-langue) comme quoi toutes les
langues du monde viennent du turc, etc.
La bourgeoisie commerçante turcophone a été obligé de s'opposer
à l'intervention franco-anglaise suivant la défaite allemande en 1918
afin de sauver son existence, tout comme les propriétaires terriens
mais cela n'est pas allé plus loin et ces couches sociales sont devenues « compradore. »
« La révolution kémaliste est une révolution de la couche supérieure
de la bourgeoisie commerçante, des propriétaires terriens, des usuriers turcs
et un nombre plus faible de la bourgeoisie industrielle existante.
C'est-à-dire que les chefs de la révolution sont les classes de la grande
bourgeoisie compradore turque et les propriétaires terriens. La bourgeoisie
moyenne avec un caractère national n'a pas participé à la révolution en
tant que force guide. » (A propos du kémalisme).
Les coups d'Etat marquent le passage de la soumission à une puissance
impérialise à la soumission à une autre; le putsch de 1950 amène ainsi
la soumission aux USA. Même si le kémalisme a une apparence parfois démocratique,
en pratique la culture et l'idéologie dominante présuppose une mobilisation
nationaliste de masse orchestrée par la bourgeoisie compradore, qui
participe aux plans des pays impérialistes et qui n'hésite pas
d'ailleurs à avoir des visées expansionnistes - militaristes parallèlement
à leurs plans à eux. Toute critique du kémalisme est interdite en Turquie,
il est possible d'être « libre » mais seulement dans le cadre des valeurs kémalistes.
Le masque est démocratique, mais c'est l'armée qui décide de tout en dernier ressort,
« la réalité de la Turquie nous montre que le kémalisme est un
anticommunisme fanatique. » (A propos du kémalisme).
La conception de Kaypakkaya est originale pour la Turquie, mais pas dans le monde,
où dans les années 1960-1970 les partisans de Mao Zedong ont qualifié les pays
d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine de « pays semi-féodaux semi-coloniaux »
et appelé à suivre la « voie de la Chine. »
Il s'agit alors d'une « guerre populaire » revenant à une « guerre de libération nationale »,
première étape d'une révolution devenant par la suite socialiste.
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