|
La MOI (Main-d'oeuvre immigrée) est crée en 1924. Elle est d'abord
une organisation de type syndical, regroupant les
travailleurs immigrés de la Confédération générale du travail unitaire (CGT-U)
et dépendait de l'Internationale syndicale rouge (ISR).
Dans le cadre de la MOI, des services d'entraide, des associations
sportives et culturelles sont créées. Elles conservent leurs spécificités
nationales ou linguistiques. Il y a, par exemple, des structures yiddish
, italienne, roumaine, arménienne.
Ainsi, la MOI est un groupement qui revêt plusieurs aspects.
Elle respecte la diversité culturelle de ses membres.
Elle a pour but l'intégration de ces étrangers à la société française.
Enfin, elle donne naissance à de fortes solidarités renforçant ainsi la cohésion du Parti Communiste.
|
En 1939, le PCF, la CGT-U et la MOI sont interdits par le gouvernement
français. La MOI est réorganisée et active dès 1941.
Elle mène d'abord des actions de propagande et d'organisation en direction
des différentes populations de travailleurs étrangers sur le territoire français.
Elle tente ainsi d'inciter la communauté juive à l'auto-défense et au
refus de la passivité face aux rafles.
La MOI intègre dès leur création fin 1941 les Francs-Tireurs et Partisans.
Les FTP-MOI sont placé sous l'autorité directe de l'Internationale Communiste
et lancent la guerilla urbaine dès le début 1942, intensifiant la lutte armée
après la rafle du Vel d'Hiv.
Les membres des FTP-MOI sont tous et toutes des personnes militantes ou
sympathisantes communistes. On y trouve beaucoup d'anciens des Brigades
Internationales, des réseaux combattants clandestins juifs d'Europe
centrale ainsi que des commmunistes réfugiés d'Allemagne ou d'Italie.
La plupart sont jeunes (on estime la moyenne d'âge à 25 ans) et
issus de la classe ouvrière.
| |
|
Il existe plusieurs groupes de FTP-MOI dans différentes villes :
A Grenoble , le « Bataillon Liberté »
A Lyon-Villeurbanne, « le Bataillon Carmagnole »
A Marseille, « la Compagnie Marat »
A Toulouse, « la 35ème Brigade »
A Paris, les FTP-MOI du « groupe Manouchian-Rayman »
Les bataillons FTP-MOI ont mené des milliers d'actions.
Ils font dérailler des trains sur des lignes stratégiques,
posent des bombes dans des officines de collaborateurs et des restaurants mal
fréquentés, lancent des grenades sur la troupe, volent armes, argent
et explosifs pour monter de futures opérations, distribuent des
tracts à la volée en velo ou depuis les toits.
Ils cherchent à chaque fois à faire le plus mal possible à l'ennemi et à frapper l'opinion.
|
Les femmes participent de manière active à l'action résistante.
Elles fabriquaient des bombes et transportaient les armes dont elles
savaient faire usage. Ce sont elles qui communiquaient les renseignements.
Elles jouaient aussi le rôle d'agent de mission,
c'est-à-dire qu'elles distribuaient les armes en début de mission
et elles les récupéraient à la fin. Elles jouaient un rôle
essentiel dans la coordination de l'action.
| |
|
La stratégie militaire des FTP-MOI s'appellait « la boule de mercure ».
Un exemple d'organisation des combattants lors d'une attaque:
1 groupe = 9 hommes
1 équipe = 3 hommes
1 détachement = 3 groupes = 27 hommes (effectif d'une mission de grande ampleur).
L'action des FTP-MOI qui eut le plus de retentissement
fut l'assassinat, le 28 septembre 1943, rue Pétrarque,
dans le XVIème. arrondissement de Paris, du général SS Julius Ritter
par l'équipe spéciale des FTP-MOI.
Cet officier supérieur allemand supervisait en France le Service du Travail
Obligatoire (STO), responsable de la déportation de milliers de
travailleurs outre-Rhin. En s'attaquant à un maillon essentiel de
l'occupation, "l'armée des ombres" devient très populaire et crée la panique chez les nazis.
|
A la suite de cette action, Himmler ordonne à la gestapo
et à la police française de tout mettre en oeuvre pour mettre
« ces terroristes hors d'état de nuire ». Cela aboutira
à plusieurs coup de filets qui de mars à novembre 1943 décapiteront
totalement la FTP-MOI parisienne. En effet, les dirigeants
(Joseph Bokzor, Missak Manouchian, Joseph Epstein) ainsi
que les membres expérimentés de l'Equipe Spéciale
(Celestino Alfonso, Léo Kneler, Marcel Rajman) finirent par être arrêtés.
| |
|
A la suite de ces arrestations, les autorités mènent
une intense oeuvre de propagande en mettant en scène l'arrestation
et le faux procès de 23 des resistants arrêtés.
Est mis en avant le caractères "étranger" et "juif" des résistants
pour tenter de rallier les français à la cause nazie.
L'affiche de cette mise en scène dite "Affiche Rouge"
sera massivement collée jusque la fin de la guerre par les nazis
et les collaborateurs jusqu'à devenir finalement un symbole de
la Résistance internationaliste au fascisme.
22 des résistants seront exécutés le 21 Février 1944 au
Mont-Valérien. La vingt-troisième, Olga Bancic, sera décapitée
en Allemagne le 30 Mai 1944 (la décapitation était le sort
réservé par les nazis aux femmes résistantes).
|
|
Les noms des "23" étaient:
* Missak Manouchian (Arménien)
* Joseph Boczov (Boczor József; Wolff Ferenc) (Hongrois juif)
* Marcel Rayman (Polonais juif)
* Celestino Alfonso (Espagnol)
* Olga (Dolga) Bancic (Roumaine juive)
* Georges Cloarec (Français)
* Roger Rouxel (Français)
* Robert Witchitz (Français juif)
* Rino Della Negra (Italien)
* Spartaco Fontano (Italien)
* Césare Luccarini (Italien)
* Antoine Salvadori (Italien)
* Amédéo Usséglio (Italien)
* Thomas Elek (Elek Tamás) (Hongrois juif)
* Emeric Glasz (Békés (Glass) Imre) (Hongrois juif)
* Maurice Fingercwajg (Polonais juif)
* Jonas Geduldig (Polonais juif)
* Léon Goldberg (Polonais juif)
* Szlama Grzywacz (Polonais juif)
* Stanislas Kubacki (Polonais)
* Willy Szapiro (Polonais juif)
* Wolf Wajsbrot (Polonais juif)
* Arpen Lavitian (Arménien)
D'autres résistants connus des FTP-MOI s'appellaient Hélène Kro, Joseph Epstein, Marcel (Mendel) Langer ...
"Il y avait une telle amitié entre nous, entre tous ces gens venus de partout, Juifs, Espagnols,
Italiens, Allemands, Arméniens et Français, bien sûr, une amitié fraternelle
qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer." (Arsène Tchakarian du groupe Manouchian).
|